Par M. de Saint-Michel
Après que nous aurons atteint la nuit des corps
et longtemps amassé de rides souveraines
après que nous aurons fait le tour de nos peines
presque effacées déjà éclateront les cors
en la vieille forêt où veille une licorne
aux yeux de jeune fille et d'immense sanglot
Après que nous aurons épuisé toute l'eau
de nos pleurs et que nous restera l'ombre morne
qui cerne les amants près de s'envelopper
dans le drap de l'oubli sous les pluies sans mémoire
nous entendrons monter comme une lune noire
l'aboiement du silence au cœur inoccupé
Et le vent surgira traînant dans son ornière
les voix d'antan les mots qui nous firent trembler
les rêves les parfums la brûlure du blé
nos fièvres en leurs fleurs retombées en poussière
Alors sur notre cou nous sentirons le froid
d'un couteau ébréché sa lame lente et dure
Alors le sang trouera notre ultime blessure
Et nous passerons nus les portes de l'Effroi
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