Par M. de Saint-Michel
Lugubre sous le faix des rires vains il sort
de sa chambre crissante de démons Dehors
la nuit est pure et chaude Il marche droit sans âge
sans connaître le sel de tel ou tel visage
qu'il croise obscurément Des bribes de printemps
brisent ces années violentes qu'il aime tant
voir resplendir au fond de son corps dérisoire
aux heures où l'espoir déserte où l'on veut croire
en autre chose qu'en la mort Hélas voilà
qu'elle n'est plus cette route que les lilas
delicieux couronnent Voilà qu'elle est détruite
cette main qui tenait l'odeur des jours en fuite
naguère quand il voyait bleuir les soleils
de ces yeux au plus charnel cantique pareils
ces yeux d'enfant ces yeux de fée
ces yeux de femme
Et il gémit crispé sur sa croix comme brame
l'agonisant délaissé par son dieu Le vent
brûle sa face d'os qui s'imbibe de sang
Il est seul Il a froid Au bout du trottoir vide
l'ombre d'un chien s'efface Un rictus homicide
travaille son cerveau qui n'est plus qu'un trou noir
peuplé d'ivres phalènes
Ah fuir le miroir
où des lambeaux de robe étoilent sa souffrance
pour rejoindre le sein mis à nu de l'absence
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